Chaque année, entre janvier et fin septembre, les entreprises assujetties au décret tertiaire déclarer leurs consommations d'énergie sur la plateforme numérique OPERAT. La démarche paraît technique la première fois, mais elle suit un fil logique : préparer ses données, créer un compte, renseigner chaque entité fonctionnelle, puis récupérer sa notation. Voici la procédure complète, dans l'ordre, pour respecter les obligations sans vous perdre dans le détail réglementaire, avec le regard d’un expert qui accompagne régulièrement des acteurs du tertiaire sur cette démarche.
L'essentiel
- La déclaration sur OPERAT concerne les bâtiments tertiaires assujettis de 1 000m2 et plus, propriétaires comme locataires ;
- Les données de l'année N-1 doivent être transmises avant le 30 septembre de chaque année sur la plateforme ;
- Trois blocs d'informations sont nécessaires avant de se connecter : surface des locaux, consommations par poste, factures d'énergie ;
- Un point technique fait souvent perdre des points sur la notation : un poste éclairage mal isolé dans la déclaration ;
- À l'issue de la déclaration, la plateforme génère une notation Eco Energie Tertiaire de 1 à 3 feuilles, ainsi qu'une attestation de dépôt ;
Qui doit déclarer sur OPERAT et à quelle échéance ?
L'obligation vise les propriétaires et les preneurs à bail de locaux à usage tertiaire dont la surface d'exploitation atteint ou dépasse 1 000 m², cumulée par bâtiment ou par ensemble de structures tertiaires.
L'obligation ne dépend pas du statut juridique ou fiscal de l'entreprise, mais uniquement de la surface d'exploitation du bâtiment : dès qu'un bâtiment ou un ensemble de structures tertiaires atteint ou dépasse 1 000 m² cumulés, l'obligation s'applique, quelle que soit la forme de la structure qui l'occupe.
Dans les faits, un micro-entrepreneur exploite rarement une surface tertiaire de cette ampleur, ce qui explique qu'il soit peu concerné en pratique — mais il n'existe aucune exemption de droit liée au régime de la micro-entreprise elle-même.
Pour tout ce qui touche au détail réglementaire du décret tertiaire (objectifs de réduction, trajectoire fixée jusqu'en 2050, périmètre exact des activités assujetties), un guide dédié couvre déjà le sujet en profondeur.
Ici, l'enjeu est pratique : une fois qu'on sait qu'on est assujetti, comment déclare-t-on ?
La fenêtre de déclaration ouvre du 1er janvier au 30 septembre.
Les données N-1 doivent être déclarées avant le 30 septembre N, sur la base des consommations réelles de l'année écoulée.
Manquer cette date n'annule pas l'obligation annuelle : l’obligation reste due, et son non-respect déclenche un mécanisme précis. L'absence de déclaration expose d'abord à une mise en demeure administrative. Si l'entreprise ne se met pas en conformité dans le délai imparti, elle risque une inscription sur une liste publique des entreprises non conformes ("name and shame"), où elle reste référencée jusqu'à régularisation de sa situation.
Ce mécanisme repose sur une approche progressive : avant toute amende financière immédiate, l’administration privilégie la mise en demeure et la pression réputationnelle. Le risque d’image est d’ailleurs renforcé depuis le 1er juillet 2026, date à laquelle l'attestation Éco Énergie Tertiaire doit obligatoirement être communiquée lors de toute transaction immobilière (vente, bail commercial ou professionnel). Une non-conformité devient ainsi visible bien au-delà du simple contrôle administratif. Toutefois, le risque financier ne doit pas être négligé : en l'absence de régularisation sous trois mois après mise en demeure, une amende administrative pouvant atteindre 7 500 € par bâtiment peut être prononcée.
L'observatoire de la performance énergétique associé à la plateforme OPERAT diffuse des données permettant aux acteurs assujettis de se situer par rapport aux autres structures de leur branche d'activité tertiaire.
Les données à préparer avant de se connecter
La plupart des blocages sur OPERAT ne viennent pas de la plateforme elle-même, mais d'un dossier mal préparé en amont.
Avant même de réunir ces documents, une décision structurante doit être prise : le choix de l'année de référence, comprise entre 2010 et 2019, qui doit correspondre à 12 mois consécutifs de données fiables.
C'est elle qui fixe la base de calcul de toute la trajectoire de réduction à venir, parfois pour plusieurs décennies — un choix qui ne doit donc pas être fait à la légère ni repoussé indéfiniment.
Une fois cette année de référence arrêtée, quatre familles d'éléments doivent être réunies avant de commencer la déclaration des consommations.
- Les surfaces déclarées : la surface de chaque entité fonctionnelle assujettie (EFA), déterminée selon les règles applicables au dispositif OPERAT et aux activités exercées dans les locaux.
- Les consommations énergétiques par type d’énergie : électricité, gaz, réseaux de chaleur ou de froid, fioul, bois, etc. Les consommations doivent être justifiées par des factures ou tout autre moyen approprié. Une ventilation détaillée par usage peut être utile pour analyser les consommations, mais elle ne constitue pas une exigence générale de déclaration.
- Les factures et données énergétiques de l’année N-1 : elles permettent de déclarer les consommations annuelles de l’année précédente. Il convient également de réunir, lorsque cela est pertinent, les informations relatives aux indicateurs d’intensité d’usage (amplitude horaire, taux d’occupation, surface par poste de travail, etc.), qui peuvent servir à moduler les objectifs pour certaines activités.
- Les données de consommation de l’année de référence : si une année de référence est choisie, il faut disposer des consommations énergétiques correspondantes, détaillées par type d’énergie et accompagnées des justificatifs nécessaires, sauf si ces données ont déjà été renseignées sur OPERAT.
Sans cette base préparée en amont, la déclaration se transforme en va-et-vient permanent entre la plateforme et les services techniques ou comptables de l'entreprise.
Un tableau de suivi simple, avec une ligne par entité fonctionnelle et une colonne par type énergétique, évite la plupart des erreurs constatées chaque année lors de la déclaration des consommations. Les acteurs tertiaires qui organisent cette gestion en amont gagnent un temps précieux sur chacune des étapes suivantes.
Avant toute saisie sur la plateforme OPERAT, il est recommandé de cartographier l’ensemble des bâtiments, établissements et entités fonctionnelles concernés afin de clarifier le périmètre de déclaration et de limiter les risques de doublons entre les différentes structures d’un même groupe.
Les étapes de déclaration sur la plateforme OPERAT
Une fois le dossier prêt, la déclaration proprement dite se déroule en plusieurs étapes sur la plateforme numérique OPERAT, gérée par l'ADEME. Chaque étape conditionne la suivante, mieux vaut donc les suivre dans l'ordre. L'ADEME met à disposition un guide méthodologique qui détaille chaque étape pour accompagner les entreprises dans leurs obligations déclaratives.
Créer un compte et déclarer ses entités fonctionnelles
La création de compte se fait depuis la page d'accueil d'OPERAT, en renseignant le numéro de SIRET, le type de structure et les coordonnées du gestionnaire, futur utilisateur principal du compte.
Un compte donne accès aux structures auxquelles il est rattaché, chaque structure regroupant un ou plusieurs établissements identifiés par leur SIRET.
Contrairement à une idée reçue, ajouter un utilisateur ne lui donne pas automatiquement les mêmes droits que les autres : un rôle lui est attribué (propriétaire, exploitant, gestionnaire de données ou prestataire mandaté), qui détermine précisément ce qu'il peut consulter ou modifier.
Vient ensuite la déclaration de chaque entité fonctionnelle assujettie, ou EFA.
L'onglet dédié permet de rechercher un établissement existant ou d'en créer un nouveau. C'est à cette étape que les surfaces préparées en amont entrent en jeu : chaque EFA doit correspondre à un périmètre cohérent, sans chevauchement entre deux déclarations, sous peine d'être mal référencée par la suite sur la plateforme.
Saisir les consommations
Dans l'onglet consommations, la plateforme calcule automatiquement un ajustement climatique via les degrés-jours unifiés (DJU), sans intervention de l'utilisateur sur ce point.
Il lui reste à renseigner les indicateurs d'intensité d'usage propres à l'activité (horaires d'ouverture, taux d'occupation), qui viennent moduler les valeurs étalons définies par défaut pour chaque sous-catégorie d'activité.
Ces valeurs par défaut s’appliquent tant qu’aucune donnée n’est saisie, et peuvent être affinées dès que des données réelles sont disponibles.
Certaines consommations échappent au périmètre du décret. C'est le cas des bornes de recharge pour véhicules électriques : leur consommation peut être déduite de la déclaration si un sous-comptage dédié existe sur le site, à condition qu’il soit correctement référencé.
Point de vigilance : bien isoler la consommation d'éclairage
C'est un détail qui fausse plus de déclarations qu'on ne le pense.
L'éclairage représente souvent une part significative de la facture d'électricité d'un bâtiment tertiaire, surtout dans les bureaux et les commerces où les horaires d'occupation sont longs.
Lorsque ce poste n’est pas isolé du reste des usages électriques, la notation calculée par la plateforme risque de ne refléter ni la réalité du bâtiment, ni l’évolution réelle de ses consommations.
Deux réflexes limitent ce risque.
D'abord, séparer l'éclairage des autres postes énergétiques dès que le comptage le permet, plutôt que de tout agréger sous « électricité générale ».
Ensuite, vérifier la cohérence entre la consommation d’éclairage estimée à partir de la puissance installée (en W/m², selon le type d’usage) et des heures de fonctionnement, et celle relevée sur les factures. Un écart important signale souvent une erreur de saisie, un comptage partiel ou une confusion entre plusieurs EFA sur le même compteur.
Un suivi énergétique régulier, grâce à des sous-compteurs dédiés, permet de repérer ces erreurs avant la clôture de la déclaration, et un audit ponctuel du bâtiment confirme souvent l'origine de l'écart. Ce suivi facilite aussi l'atteinte progressive des objectifs de réduction fixés par la trajectoire du décret, année après année.
Cette vigilance vaut aussi bien pour un premier dépôt que pour une mise à jour annuelle. Un écart non corrigé se répète chaque année, et pèse sur la notation obtenue comme sur la conformité globale de l'entreprise assujettie.
Que faire après la déclaration ?
Une fois la synthèse validée, la plateforme OPERAT génère automatiquement plusieurs documents :
- la notation Eco Energie Tertiaire,
- une estimation des émissions de gaz à effet de serre,
- une attestation de dépôt et
- le récapitulatif des consommations annuelles d'énergie finale.
Ces documents regroupent les informations constitutives de l'attestation officielle transmise, le cas échéant, aux services de contrôle compétents. La notation s'échelonne d'une feuille grise, pour un niveau insatisfaisant, à trois feuilles vertes pour un niveau excellent.
Depuis le 1er juillet 2026, cette notation doit être affichée dans les bâtiments concernés, au même titre qu'un diagnostic de performance énergétique (DPE). Cet affichage était auparavant facultatif, dans le cadre d'une mesure transitoire ; c'est cette tolérance qui a pris fin à cette date. L'affichage physique n'est d'ailleurs pas la seule option possible : tout autre moyen pertinent garantissant un accès aisé à l'information (intranet, écran d'accueil, communication directe aux occupants) permet également de satisfaire à l'obligation.
Depuis cette même date, l'attestation doit aussi être communiquée à l'acquéreur ou au locataire lors de toute transaction portant sur un bâtiment assujetti — vente, bail commercial ou bail professionnel dès que le locataire supporte les charges d'énergie
Cette notation n'est pas une fin en soi. Elle sert de point de départ pour bâtir un plan d'action de réduction, en identifiant les postes les plus consommateurs et les leviers disponibles : isolation, régulation du chauffage, remplacement d'un éclairage énergivore, pilotage plus fin des équipements grâce à un suivi énergétique adapté.
C'est aussi le moment de se situer par rapport aux autres acteurs de la même branche d'activité tertiaire, grâce aux données de comparaison diffusées par l’observatoire associé à la plateforme, et de vérifier que la trajectoire de réduction reste alignée avec les objectifs fixés par le décret pour chaque entreprise assujettie.
Si la déclaration révèle une consommation d'énergie mal maîtrisée, un audit technique du bâtiment permet d’estimer de façon fiable les gains possibles avant d'engager des travaux.
Notre équipe d'experts accompagne les entreprises assujetties sur l'étude de consommation énergétique de leurs structures tertiaires, du relevé de surface sur le terrain jusqu'aux recommandations chiffrées de l'audit, avec un suivi après travaux.
Un projet de rénovation à préparer ? Discutons de votre plan d'action et de votre mise en conformité.
FAQ : Les questions que vous vous posez
Quel est le délai pour déclarer sur OPERAT ?
La déclaration doit être réalisée au plus tard le 30 septembre de chaque année, pour les consommations de l'année précédente. Le portail ouvre en janvier, ce qui laisse plusieurs mois aux acteurs tertiaires assujettis pour rassembler les données et effectuer la saisie sans précipitation.
Que faire si je ne connais pas exactement mes consommations énergétiques ?
La plateforme propose des valeurs étalons par défaut, calculées selon la catégorie d'activité et la surface déclarée. Vous pouvez les ajuster dès que des factures réelles ou un sous-comptage plus précis sont disponibles, ce qui affine la notation finale. Un expert du secteur peut vous accompagner dans cette démarche.
Puis-je modifier ma déclaration après l'avoir soumise ?
Oui, une déclaration validée reste modifiable tant que la période de dépôt de l'année concernée n'est pas close. Toute correction (surface, poste énergétique, entité fonctionnelle) recalcule automatiquement la notation Eco Energie Tertiaire associée et met à jour l'attestation correspondante.
Quelles sanctions en cas de non-déclaration sur OPERAT ?
L’absence de déclaration expose à une mise en demeure administrative. Faute de régularisation, l’entité concernée peut être inscrite sur une liste publique des acteurs non conformes, jusqu’à ce que sa situation soit régularisée. Le dispositif repose donc en premier lieu sur la transparence, et le risque d’image reste réel pour un assujetti qui ne respecte pas ses obligations.
Quelles sont les normes d'éclairage pour un terrain de football synthétique ?
Les mêmes normes FFF et EN 12193 s'appliquent, quel que soit le type de revêtement - gazon naturel ou synthétique. La nature du sol n'influe pas sur les exigences photométriques. En revanche, le coefficient de réflexion du gazon synthétique est légèrement plus élevé que celui du gazon naturel : cela peut modifier marginalement les calculs Dialux, mais ne change pas les seuils réglementaires à atteindre.
